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La 3D : un nouvel élan en architecture ?

Habitat - Promoteurs - Constructeurs
27-06-2022
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La 3D s’est implantée inévitablement dans le métier d’architecte. Isabelle Maguis, architecte depuis près de trente ans, témoigne de l’impact de la 3D sur le métier.

La 3D, un outil indispensable et révolutionnaire ?

La 3D est une représentation mathématique d’une forme ou d’un objet en trois dimensions, c’est-à-dire telle que perçu par notre vision. Celle-ci a émergé dans les années 1980. Elle s’est cependant réellement imposée dans différents secteurs d’activité dans les années 2000, notamment en architecture.


Isabelle Maguis, architecte et co-gérante de l’agence AA (Architectes Associés), à Niort (79) et Montaigu (85), a commencé sa carrière en 1995 en dessinant sur calque et aux rotrings, des crayons à l’encre de Chine. Elle faisait aussi des perspectives à l’aérographe, un pistolet à peinture miniature, ou bien en pratiquant la technique du rough aux feutres.



Puis la 3D a débarqué, bousculant quelque peu les codes de l’architecture : « Pour concevoir et construire, nous devions dessiner plans, coupes et façades. Il fallait aussi réaliser des perspectives pour donner une image du bâtiment au client. Plans, coupes et façades sont aujourd'hui réalisées avec des logiciels que l'on appelle 3D », affirme Isabelle.


À l’époque, les agences utilisaient PC Bat, Autocad et Architectural Desktop. Ces logiciels permettaient, pour des projets de taille moyenne, de générer coupes, élévations, et perspectives à partir de plans. Aujourd’hui, la tendance est plutôt à Archicad et Revit : « Ces logiciels permettent de concevoir dès les premiers coups de crayon en 3D. C’est ce que l’on appelle CAO & DAO (Conception et Dessin assistés par ordinateur). Autrement dit, toute la représentation en plans d'un mur est automatiquement conçue avec sa hauteur et son volume, ce qui fait que l’on peut développer le projet directement en 3D. »

  


La 3D à ses débuts, « je trouvais ça génial »


Isabelle se souvient de sa première fois sur un logiciel 3D. La 3D est arrivée en même temps qu’Internet, c’était à l’époque une petite avancée dans une grande révolution.


« Quand j’ai commencé à utiliser PC Bat au quotidien, je trouvais ça génial. Ça permettait et permet toujours de se faire plaisir sur le dessin, à condition de bien maîtriser son logiciel et d’avoir conscience que certains détails n'ont pas lieu de se dessiner en 3D », déclare-t-elle.


Gain de temps et pédagogie garantis


Ce qui fait la force de la 3D, c’est le gain de temps. Si un coup de crayon à la main demande d’être attentif, minutieux et patient, un coup de crayon sur ordinateur ne requiert pas plus d’une seconde. « L'informatique a permis de gagner beaucoup de temps puisque le fichier sur ordinateur peut être modifié plus facilement que le calque qui nous obligeait à faire un contre-tirage. Une modification de calque était même quelquefois impossible. Quand il s'agissait d'agrandir le bâtiment de quelques mètres, il fallait clairement tout redessiner, là où l'informatique a permis de le faire simplement », précise l’architecte.


Si les premiers logiciels ont permis un certain gain de temps, la technologie BIM (Building Information Modeling) s’est révélée une accélération majeure et sans précédent. Le BIM est une maquette numérique intégrant des vues géométriques et diverses données dans le but de concevoir la représentation virtuelle d’un bâtiment. Le BIM, plutôt connu sous l’acronyme Building Information Management, c’est surtout une méthode qui permet d’échanger des informations entre les différentes parties impliquées dans un projet de construction grâce au partage de maquettes numériques. « Le BIM permet un gain de temps sur le développement du projet du début à la fin, dans la mesure où les modifications se font directement sur ordinateur, et non plus sur chantier », reconnaît Isabelle.


  

                                                                                                               Projet 3D                                                                                                                                                                                                                                Projet réel


La 3D est par ailleurs un outil pédagogique. Grâce à la 3D, présenter un projet devient plus facile car le client visualise l’espace abstrait tel qu’il perçoit l’environnement concret qui l’entoure. « Quand un architecte dessine un plan, il l’imagine en 3D.  La difficulté, c'est de transmettre ce qui, pour nous, est évident. Le BIM permet donc une démarche pédagogique, en montrant ce que l'espace va être par la vue 3D. La 3D a toutefois ses limites en matière de qualité, de ressenti et de sensibilité des espaces », relève l’architecte. « La 3D n’a pas révolutionné l’architecture. C’est une continuité inéluctable dans un monde dominé par la consommation du numérique. »


Des limites en termes d’écologie et de recrutement


Contrairement aux idées reçues, la 3D, par conséquent l’utilisation d’un ordinateur, ne pollue pas moins que le papier. Le papier peut se recycler jusqu’à cinq fois. Alors que l’envoi d’un mail ou d’un message, le stockage ou le téléchargement d’un document consomment de l’énergie par le biais des datacenters. Ils représentent 1,5% de la consommation électrique mondiale, l’équivalent de la production de trente centrales nucléaires…


La 3D présente également des limites en ce qui concerne l’évolution du métier d’architecte. On pourrait penser à une évolution exponentielle du fait du gain de temps et de la pédagogie de cet outil. Oui mais non. « Il y a vingt ans, le recrutement des jeunes architectes se faisait sur leur expérience de dessin et leur savoir-faire en termes de dessin. Or, aujourd'hui on parle d’utilisation de logiciel, ce qui rend complètement flou la capacité à faire d'un jeune collaborateur. Certains oublient même les codes principaux du dessin d'architecture », constate Isabelle. En effet, aujourd'hui, beaucoup d'écoles n'en font plus un axe prioritaire.


  

                                                                                                               Projet 3D                                                                                                                                                                                                                                Projet réel


 « Le dessin d'architecture, dont les codes sont toujours les mêmes depuis trente ans, n'est plus une priorité. Or, ne pas savoir dessiner, c’est aussi ne pas savoir présenter un projet, pourtant primordial pour se faire comprendre et partager ce dernier avec les concepteurs et les entreprises », déclare l’architecte.


Cette baisse de complexité et d’exigence dans la formation qui font tout le métier d’architecte a en partie contribué à une perte de prestige de la profession. L’architecte disposant auparavant d’une parole absolue.


Faire appel à un architecte pour construire, des Français mitigés


D’après un sondage de l’Ifop (Institut français d’opinion publique) réalisé en 2014, près de la moitié des personnes interrogées considèrent que les coûts sont trop élevés et les normes trop contraignantes en architecture.


Elles se décident alors à concevoir, voire construire leur maison seules. La 3D facilitant le tout. « Aujourd'hui, beaucoup de clients arrivent et ont dessiné des plans, ce que l’on n’accepte pas. Quand un client arrive avec des plans, on considère ceux-ci comme un programme que l’on va analyser afin de redessiner le projet », explique Isabelle.


L’autre moitié des Français interrogés estime que l’architecte est le maillon essentiel d’un projet immobilier, notamment en termes de qualité environnementale, de respect des normes et de solidité du bâtiment.


  

                                                                                                               Projet 3D                                                                                                                                                                                                                                Projet réel


« La conception des espaces participe à notre bien-être au quotidien, c'est la qualité de notre cadre de vie ainsi que de nos villes et villages. La construction d'un bâtiment c'est pour trente ans. Durabilité et qualité vont ensemble. Le métier d'architecte est donc indispensable au développement de nos villes et à la qualité de ce développement », indique l’architecte.


L'Ordre des architectes présente chaque année des évènements pour sensibiliser à l’importance du métier d’architecte. Il propose par exemple des visites de maisons conçues par des architectes. Sorte de présentation vulgarisée de l'architecture. « L'architecture fait partie de notre patrimoine culturel. C’est donc au détour de toutes les balades et visites organisées que l’on voit des exemples d'architecture remarquables et c'est partout : c'est un détail de balcon, une façade, une maison. C'est là toute la qualité de notre cadre de vie », témoigne Isabelle.


Par Juliette Huard


Site : www.agenceaaniort.com